samedi 9 mai 2009

Harvard donne raison au pape

Est-ce le pape qui "commence à poser un vrai problème", ou les hommes politiques français ? On sait bien que les hommes politiques sont des hommes comme les autres au service de la nation. On sait aussi qu'ils ne savent pas écrire une loi. Désormais on sait qu'ils ne connaissent pas la loi.

Le Pape est le chef d'Etat du Vatican. Il est berger de l'Eglise Catholique. Il professe sa foi sans tenir compte du politiquement correct. Il est intéressant d'observer les réactions suscitées par les propos du Pape


Depuis la loi du 9 décembre 1905 les églises et l'Etat sont séparés. Permettez-moi un bref rappel des premiers articles de cette loi :

Article 1er : "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes [...]".

Article 2 : "La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte [...]"

En 1905, la France savait encore rédiger de vraies lois. Elles étaient claires, comme celle-ci. Et des études de droit ne sont pas nécessaires pour conclure que l'Etat se doit d'être neutre religieusement. Certes, M. Juppé n'est plus ministre. Mais il est maire et en cela il est agent de l'Etat à Bordeaux. Il doit donc assurer strictement la loi et se tenir à la neutralité à laquelle il est astreint.

Les hommes politiques sont démagogues, on le sait. Le propre de la démagogie est de ne pas dire la vérité, de séduire un électorat. On comprend donc que pour mettre toutes les chances de son côté aux prochaines élections municipales M. Juppé joue le jeu du mensonge. Dommage, il se discrédite auprès de l'électorat dont il dit qu'il est issu, c'est-à-dire l'électorat catholique.

Mais, M. Juppé, êtes-vous catholique ? Si c'est le cas, je vous propose de prendre le temps de chercher dans un dictionnaire la signification du mot "excommunication". Peut être nous ferez-vous la joie de partager cette découverte avec l'audience du prochain média que vous côtoierez.

M. Juppé, êtes-vous scientifique ? Je vois que vous avez été à l'ENS, à Science-po, à l'ENA. Mais il n'y aucune mention d'études scientifiques. Je me permets cette remarque parce que vous déclarez que "dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du Sida, c'est d'abord une contre-vérité et c'est inacceptable pour les populations africaines et pour tout le monde". J'en déduis que vous avez fait des recherches approfondies sur la question et qu'à l'appui de vos propos vous avez des chiffres à nous donner.

C'est étrange parce que les propos du Pape sont corroborés par Edward C. Green, directeur du Projet de recherche sur la prévention du Sida à l'université de Harvard. Il déclare : "Le Pape a raison. Ou pour répondre plus précisément : les meilleures données dont nous disposons confirment les propos du Pape. Il existe une relation systématique, mise en évidence par nos meilleures enquêtes, y compris celles menées par l'organisme "Demographic Health Surveys" financé par les Etats-Unis, entre l'accès facilité aux préservatifs et leur usage plus fréquent et des taux d'infection par le virus du Sida plus élevés, et non plus faibles".

Je sais bien que votre tradition gaulliste vous empêche d'accepter que des américains puissent avoir raison. Mais il s'agit d'Harvard. Et ils ont des chiffres, eux.

Vous avez la liberté de parole, M. Juppé. Vous avez le droit de dire ce que vous pensez. Mais quand vous êtes en privé. Dois-je vous rappeler que votre parole de maire engage celle de l'Etat dont vous êtes l'agent ? Vous avez donc violé la loi de séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905, et qui plus est, en disant des imbécilités. Est-ce au nom du contribuable que vous parlez ? Il a bon dos.

La séparation des Eglises et de l'Etat existe-t-elle toujours ? La question a un sens aujourd'hui, à l'heure ou les hommes politiques donnent leur avis quant à la politique de l'Eglise. Et quelque soit sa réponse, il faudra en tirer les conséquences.

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