Chasse, Europe et LIBERTAS : les positions de Frédéric NIHOUS
(interview parue dans la revue cynégétique Connaissance de la Chasse – N° de Mai 2009)
Cpnt, Mpf, Libertas, sous quelle bannière êtes-vous exactement candidat aux élections européennes ?
Frédéric Nihous : Les trois puisque Cpnt a intégré Libertas dont fait partie également le Mpf de Philippe de Villiers. A cause de la réforme des scrutins de 2004 destinée à tuer les « petits » partis, l’efficacité commande donc le regroupement, autour de valeurs et revendications commune quant à la définition de l’Europe. Libertas est une formidable dynamique cohérente unissant ceux qui, comme Cpnt ou le Mpf et d’autres qui nous rejoignent chaque jour, ont ferraillé pour le « Non » au référendum de 2005 et contre le traité de Lisbonne. Notez qu’il y aura des listes Libertas dans tous les pays. Pour la petite histoire, sachez d’autre part que Declan Ganley, le Président fondateur de Libertas Europe est irlandais et…chasseur passionné. Les couloirs du Parlement européen vous sont familiers…
Frédéric Nihous : Effectivement. J’y ai passé 5 ans au poste de Secrétaire général du groupe Cpnt et de ses 6 députés de 1999 à 2002. J’ai par ailleurs suivi, en tant qu’administrateur, les travaux de la commission environnement du PE. Puis j’ai poursuivi comme assistant parlementaire de J. Saint-Josse jusqu’en 2004. En outre, je connais bien la question européenne puisque je suis diplômé de 3e cycle universitaire en Droit économique européen et en Sécurité européenne.
Quels sont les principaux intérêts de Cpnt à siéger à Bruxelles ?
Frédéric Nihous : Siéger à Strasbourg pour changer les choses à Bruxelles en constituant avec Libertas un groupe qui deviendra incontournable et permettra de supprimer le syndrome « pensée unique » habitant les actuels dirigeants, politiques ou technocratiques, de l’Europe. De plus, grâce à l’élection d’un maximum de députés européens Libertas-CPNT, il sera possible de corriger la politique écologiste intégriste de l’Europe et de promouvoir une nouvelle approche équitable de l’aménagement des territoires, économiques ou cynégétiques. L’autre intérêt, c’est être présent dans le système pour le changer de l’intérieur, pour plus de respect des peuples, des traditions et cultures de chaque Etat, comme la chasse chez nous en France.
Est-il objectif d’envisager une réglementation européenne sereine et pérenne sur la chasse des migrateurs ?
Frédéric Nihous : L’Europe n’est pas le bon niveau pour cela. Comment et pourquoi gérer des migrateurs à l’échelon de 27 pays alors que leur aire de répartition est le paléarctique occidental allant de l’Asie à l’Afrique ? Ça n’a aucun sens et c’est une hérésie biologique et technique, partielle et partiale ! Mais à tout le moins, l’Europe devrait dépassionner le débat, le rendre objectif (la CE semble sur cette voie mais reste timide). Les marges de manœuvre existent, si tant est que les gouvernants s’engagent en faveur de la chasse.
Que peut concrètement apporter l’Europe aux chasseurs français ?
Frédéric Nihous : Pour l’instant, je ne vois que des ennuis en raison de l’hégémonisme des écologistes politiques sur les questions environnementales et l’approche bornée ou ignare de nombreux technocrates. Par une meilleure écoute des hommes de terrain, les vrais spécialistes de la question et non pas les idéologues de l’anti-chasse, il est possible d’apaiser le débat en s’occupant des mécanismes de gestion ou de préservation (je ne parle pas de protection car ceci rime avec exclusion des acteurs cynégétiques) des territoires. Ceci passe par une juste prise en compte du rôle des chasseurs et de leurs instances dans ce domaine. A condition d’être corrigée, car elle marche actuellement sur la tête, l’Europe peut aider à un meilleur dispositif de soutien au développement rural et donc des territoires. C’est exactement ce que j’ai proposé dans mon rapport sur la ruralité remis en 2008 au ministre de l’Agriculture Michel Barnier.
Qu’est-il advenu de votre rapport ?
Frédéric Nihous : Ce rapport, solide, opérationnel et rationnel, est resté depuis lettre morte alors qu’il faisait l’unanimité tant de la part du monde agricole que cynégétique. Je n’ose croire que ce blocage est politique en raison de mon engagement dans cette campagne européenne où est également candidat le ministre de l’Agriculture…
L’abrogation de la Directive 79/409/Cee « Oiseaux » est-elle raisonnablement envisageable ?
Frédéric Nihous : Nous le saurons bientôt, je l’espère, avec la décision que prendra la Cour Européenne sur le recours demandant la reconnaissance de l’illégalité de cette directive engagé par l’Unacom et que je soutiens totalement. Après, ceci est tellement politique… En vérité, le succès de cette démarche montrerait que l’Europe, les gouvernants et les écologistes ont menti et manipulé tout le monde sur la chasse depuis 30 ans. Ceci explique donc bien le freinage et l’immobilisme des décideurs en la matière depuis des années. Je note ainsi que malgré divers engagements, le ministre de l’Ecologie joue encore la montre en demandant l’avis du Conseil d’Etat alors que celui-ci n’est pas compétent en la matière. Poudre aux yeux ? On peut le supposer … C’est pourquoi, en cas de succès de la procédure, je me demande quelle sera leur réaction.
Ne craignez-vous pas que l’élaboration d’une nouvelle directive « Oiseaux » soit rédigée de manière encore plus restrictive ?
Frédéric Nihous : C’est un risque si, comme d’habitude, les gouvernants laissent le sujet aux écolos anti chasse. Après, s’ils veulent vraiment apaiser le débat, qu’ils aient enfin le courage de régler le problème. Ils y arrivent sur les questions financières, pourquoi pas pour la chasse ? En tout cas, une autre voie est possible. Il existe des conventions et traités internationaux, plus favorables à la chasse que la directive « Oiseaux » à laquelle ils sont juridiquement supérieurs. Dès lors, qu’on respecte le droit international, qu’on applique les traités et le problème sera réglé. Pour cela, il faudra que les décideurs cessent d’avoir la trouille des écolos, Lpo et consorts. Un peu de courage en politique et une vraie volonté de soutenir la chasse de leur part seraient préférables et les bienvenues. Nous attendons encore.
La mise en œuvre effective du Guide interprétatif de la Directive ne serait-elle pas suffisante ?
Frédéric Nihous : Ce Guide, c’est du pipeau car il n’a aucune valeur juridique l’imposant aux normes de droit applicables en la matière. Qu’on ait enfin la franchise de le dire au lieu d’amuser la galerie ! Il ne lie pas les juges en cas de contentieux ; il ne sert que d’avis. Je pose une question : s’il permet de régler le problème de la chasse et que tout le monde en est d’accord comme on nous le dit, pourquoi alors ne pas l’intégrer directement dans la directive en modifiant celle-ci ? Pourquoi n’en faire qu’une annexe sur laquelle tout le monde va s’asseoir ? La France vient de réussir à obtenir un accord sur la réduction de TVA ; pourquoi pas en matière de chasse ?
La législation sur la chasse dans notre pays n’est-elle pas d’abord un problème franco-français ?
Frédéric Nihous : Cela se vérifie en effet sur beaucoup de ses éléments. L’Europe est un alibi commode pour nos attentistes décideurs qui refilent la patate chaude aux technocrates bruxellois. De même, l’actuelle agitation du Ministre de l’écologie qui veut faire croire, après plus d’un an de freinage et d’actes restrictifs pour la chasse, qu’il est presque plus chasseur que vous et moi en faisant des promesses (seront-elles toutes tenues ?), en pleine campagne électorale, montre bien que c’est un problème franco-français, et qu’il est de surcroît politique. Néanmoins, il faut noter que des domaines cynégétiques fondamentaux sont régis par l’Europe. Je pense à la réglementation sur les dates, les territoires, les armes, le piégeage, le sanitaire, etc. Ce qui est, entre guillemets, logiques puisqu’en France, 80% des lois ne sont que des applications et mises en œuvre de directives européennes ou autres règlements.
Pensez-vous qu’il sera un jour possible de chasser à nouveau en France la barge à queue noire alors que la disparition de son habitat se situe hors de l’Hexagone ?
Frédéric Nihous : Oui quand on cessera d’utiliser l’alibi de la chasse comme source de disparition d’espèces et qu’on s’attellera enfin à mettre le doigt sur les vraies raisons de décroissance de certaines populations que sont la disparition des habitats, les techniques culturales, la résorption des zones humides et l’urbanisme galopant. Reste à trouver le ministre qui aura le courage de le dire et de s’y attaquer au lieu de choisir la facilité comme c’est le cas actuellement en stigmatisant sans fondement les chasseurs. Je note que sur cette question de la barge, ceci est bien révélateur de l’ineptie de cette écologie militante et idéologique : le problème n’a pas sa source en France et n’a aucun rapport avec les activités cynégétiques mais la seule décision, prise à l’emporte-pièces comme cadeau aux anti-chasse, est l’interdiction de sa chasse en France. Du grand n’importe quoi. Le ministère de l’Ecologie est, depuis des années, devenu le ministère des écologistes…
Dans la très grande majorité des pays de l’U.E., la chasse des limicoles se limite à celle des bécassines. Ne pensez-vous pas que la France soit rapidement contrainte à semblable restriction ?
Frédéric Nihous : Et pourquoi devrait-on se plier à cela ? Une telle restriction ne pourrait être qu’idéologique et en aucun cas fondée biologiquement. Donc elle n’a pas lieu d’être ! Certains pays de l’U.E. chassent l’ours ou le loup, ceci veut-il dire qu’il en sera bientôt de même en France, dans les Alpes ou les Pyrénées ? Des destructions d’oies, qu’on nous empêche de chasser en février en France, ont lieu aux Pays-Bas au printemps. Ceci va-t-il être le cas dans notre pays ?
Hormis dans le cadre de la chasse des oiseaux migrateurs, dans quel registre cynégétique intervient la réglementation européenne ?
Frédéric Nihous : A part cette question fondamentale des dates de chasse, l’Europe intervient sur beaucoup de sujets à impact cynégétique, direct ou indirect. En premier lieu, les gestions de territoires, avec notamment le plan Natura 2000 de sinistre mémoire. D’ailleurs, à ce sujet, le parlement européen veut intensifier ce régime de protection en réfléchissant à un « super » Natura 2000. Ce projet est porté par un député vert, naturellement pourrait-on dire sans jeu de mots ! Il y a également les questions des armes, des normes de piégeage qui risquent prochainement d’être revues par l’Europe, sans oublier les règlements sanitaires qui nous ont interdit il y a quelque temps les appelants pour cause de H5N1. Ceci montre bien tout l’intérêt d’avoir des députés Cpnt au Parlement pour y défendre les intérêts des chasseurs. Il faudra bien qu’un jour, tous les chasseurs le comprennent en faisant un vote vraiment efficace pour la chasse. N’est-on pas bien défendu que par soi-même ?
Le mot de la fin…
Frédéric Nihous : Unité et Solidarité des chasseurs. Que ceux-ci votent « passion » et vraiment pour la chasse … cette fois-ci ! Une présence au Parlement européen, pour l’action, est fondamentale. Il ne faut pas laisser passer l’occasion. Pour voter efficace pour la chasse, la ruralité et la France, et d’autant plus pour ceux qui, comme Cpnt, ont voté Non au référendum de 2005 et ceux qui subissent les brimades et les délires de l’Europe écolo, un seul vote : Libertas avec Cpnt et sans modération !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire